La folie du jazz

Publié le 10 Juillet 2013

La folie du jazz

Voilà l'image que l'on retient du jazz : un rassemblement d'initiés dans une cave enfumée, un club sombre où toute la nuit s'enchainent les prestations de dizaines de groupes, les solos interminables et les bœufs impromptus, au même rythme que sont bus bières et whisky... Cette image en tout cas, c'est tout à fait celle qui ressort des trois livres dont je voudrais parler (pas de littérature comparée ici, ça sera juste un petit rapprochement thématique), après avoir subitement réalisé à quel point était identique l'ambiance qui se dégageait de chacun d'eux, et cette façon de s'abandonner dans la musique, et donc, le jazz.

La folie du jazz

Tout d'abord Un soir au club, de Christian Gailly ; un roman assez court, que j'avais rapidement évoqué en cours pour un exercice de vente. Simon Nardis, un pianiste confirmé, a décidé, dix ans auparavant, d'arrêter complétement le jazz pour se rapprocher de sa femme. Il a ainsi pu se lancer dans une joyeuse carrière de chauffagiste, qui finalement lui convient tout à fait, jusqu'au jour où, pour passer le temps, il traine une demi heure dans un club, et entend de jeunes musiciens copier son « style », qui a fait école. Et forcément, il replonge, il est repris par la fièvre du jazz, la nuit entière et plus encore... Un roman foudroyant, où l'on se demande (ou pas) si c'est vraiment mieux d'être raisonnable.

(Voir aussi : Be-bop, même auteur, même thème)

La folie du jazz

Viennent ensuite deux BD que j'ai lu assez récemment.

Betty Blues, de Renaud Dillies et Anne-Claire Jouvray, se place dans le même monde « anthropomorphe » que Abélard ou Bulles et nacelles, autres créations de Dillies. Cette fois-ci le héros est un jeune canard, Rice, trompettiste passionné, qui sort avec une jolie oiselle nommée Betty. Un soir de jazz et d'alcool, la belle part sans lui, préférant goûter aux réserves de champagne d'un chat noir richissime. De là on arrive vite au blues du titre : dans son chagrin, Rice délaisse ses amis musiciens et jette sa trompette à l'eau ; il part sur la route pour essayer de trouver une autre raison de vivre. Dans le même temps, Betty comprends peu à peu son erreur ; et la trompette suit un lent chemin qui la ramène vers son propriétaire... Sur la voie d'Abélard, mais plus bref et plus musical, Betty blues est une histoire terriblement touchante, pleine de tendresse et de beauté.

La folie du jazz

Enfin, Le rêve de Meteor Slim, de Frantz Duchazeau, raconte l'errance d'un guitariste de blues, à la recherche de la gloire après avoir laissé tomber son travail et sa femme enceinte sur un coup de tête. Il fait de nombreuses rencontres, avec des musiciens, des filles, des maisons de disques, des poings dans la gueule aussi, il vit des aventures variées, il se produit sur scène, il est enregistré, se fait jeter des bars, il gagne de l'argent et en perd, se fait des amis et en perd aussi, il mûrit sans savoir vraiment ce qu'il recherche ni jusqu'où aller, continuer ou non à brûler ainsi la vie par les deux bouts ? C'est un road movie qui n'en a pas l'air, avec ses teintes noires et blanches de vieille photo et sa bande son bluesy rétro, et qui nous entraine loin sur le chemin de l'ambition musicale...

(Dans l'idée, lire aussi Blackface banjo, plus déjanté mais très semblable)

Rédigé par Florentin

Publié dans #Litté française, #BD

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A
Et aussi la Bd Jeangot de Sfar !
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F
Ouais, même esprit ? Faudra que je pense à la lire