Sommeil - Haruki Murakami
Publié le 20 Octobre 2013
"Voilà dix-sept nuits que je ne dors plus."
C'est ainsi que commence Sommeil, une brève nouvelle (moins de 100 pages) de l'étonnant Murakami. Une femme très ordinaire, inscrite dans une routine inamovible qui la satisfait entièrement, entre son mari, parfait malgré son visage étrange, son fils, sa maison et ses longueurs quotidiennes à la piscine. Une nuit, elle est paralysée dans son sommeil et voit en rêve un vieillard lui verser de l'eau sur les pieds, qu'elle sent couler sur ses jambes. Elle se réveille en sueur, choquée, et... n'arrive pas à se rendormir.
Si vous connaissez le film Cashback, vous savez déjà à quel point il serait utile de posséder ce "don", ne jamais dormir sans en être fatigué, et quelle immenses possibilités s'ouvrent alors. Mais la nouvelle vie que se découvre notre charmante femme de maison est plus perturbante qu'elle n'en a l'air, et va peut-être laisser quelques traces ; reste à savoir à quel moment s'arrête le rêve...
Assorti d'illustrations en pleine page tout à fait onirique, ce récit se lit en très peu de temps, et laisse en tête une curieuse impression et pas mal d'interrogations.
Je pouvais consacrer mon attention à un livre aussi longtemps que je voulais, je ne me fatiguas jamais. Après avoir lu plusieurs fois de suite Anna Karénine, je passai à Dostoïevski. Oui, je pouvais lire autant de livres que je voulais en y mettant toute ma concentration, sans la moindre fatigue. Je comprenais sans effort les passages les plus ardus. Et je ressentais des émotions profondes.
C'était mon vrai moi qui se révélait. En arrêtant de dormir, j'avais élargi ma conscience. Ce qui est important, c'est la force d'attention, me disais-je. Les gens qui n'ont aucune puissance de concentration auront beau écarquiller les yeux, ils ne verront rien.